Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.
Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,
Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;
Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.
Raccoglimento
Calmati, o Pena mia, e trova posa ormai,
invocavi la Sera ed essa scende, è qua,
avviluppa le strade lenta l'oscurità,
recando agli uni pace, agli altri i vecchi guai.
mentre là degli umani il gregge vile,
spronato dal Piacere, boia senza pietà,
va a cogliere rimorsi nella festa servile,
dammi o Pena la mano, volgi i tuoi passi qua,
lungi da loro. Vedi sporger le defunte Stagioni,
in vesti fuorimoda, del cielo dai balconi,
il Rimpianto dall'acque sorgere sorridente;
sotto quell'arco il Sole moribondo declina;
e, lungo drappo funebre che striscia ad Oriente,
ascolta, cara, ascolta: la Notte che dolce cammina.
da Les Fleurs du Mal, Nouvelle Fleurs du Mal, XIII (1857) di Charles Baudelaire
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